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Les
pratiques divinatoire et magique dans la région du Benadir
et du Basso Juba.
( Part I - II - III- IV - V- VI - VII - end )
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Cet
exposé sur les pratiques divinatoires et magiques
dans la région du Benadir et du Basso Juba, notamment
dans cette zone dite " Dhoobeey " n'a nullement
la prétention d'être une uvre scientifique,
elle ne fait que relater un certain nombre de pratiques
observées et vécus par l'auteur.
Depuis
des temps immémoriaux l'homme a toujours
cherché la réponse à
ses questions dans les étoiles et appuyé
ses actions sur les signes de la terre: la
divination a donc toujours existé,
sous différentes formes certes, mais
en règle générale elle
servait à désigner la connaissance
du futur, du passé, de l'espace nous
entourant d'une part, et, d'autre part de
l'occulte. Elle a existé chez tous
les peuples de l'antiquité et on la
retrouve profondément enracinée
dans les sociétés dites "primitives".
La
divination seule ou associée à
la sorcellerie étaient un aspect important
de la vie sociale, et le reste encore parfois.
Et tout cela pour plusieurs raisons : acquérir
le savoir, dévoiler l'occulte, effacer
cette peur de l'inconnu, car celui qui détient
la connaissance détient le pouvoir.
Pour
le commun des mortels l'univers entier est
rempli de mystère, toute réaction
négative ou positive n'est jamais naturelle
: à la source de toute entrave on trouvera,
on cherchant bien, une intention de nuire,
qu'elle soit le fait d'un vivant ou d'un mort
; le futur lui-même est soumis à
la décision du devin : sa science est
mise à contribution pour toutes les
décisions les plus importants pour
la tribu : voyager, échapper à
un ennemi, conclure une affaire etc. et le
devin indiquera la route à suivre pour
rentrer dans les bonnes grâces du sort
contrarié, ou pour ne pas en dévier.
Effectuée
soit à travers un intermédiaire
entre le ciel et la terre, c'est à
dire à travers un officiant qui croit
alors se mettre en contact avec l'au-delà
et avec des êtres passés telle
que des êtres supérieurs
(ancêtres), soit par l'utilisation
d'instruments telle que des cartes, "
shax " ou les étoiles, cette divination
s'exerce le plus souvent à travers
l'intuition, la vision, le pressentiment :
nous entrons alors dans le domaine de la voyance
pure.
Avant
l'arrivée de l'Islam, les Somaliens
pratiquaient une tradition empreinte de folklore
et de culte des ancêtres, aujourd'hui
encore on assiste à des cérémonies
où on fait des sacrifices aux ancêtres,
aux défunts pour qu'ils protégent
la descendance.
L'ancêtre,
défunt ou vivant, à un rôle
primordial au sein du clan, il est pourvu
d'une sorte de pouvoir sur sa descendance,
il est révéré et écouté,
on dit qu'il est "
qof barakeysan " et de ce fait
on va vers lui ou elle afin de récolter
sa bénédiction, et on veille
à ne pas les contrarier pour ne pas
s'attirer les foudres de sa colère
présente ou future : un exemple en
est lorsqu'un jeune homme ou une jeune fille
est sur le point de prendre une décision
qui s'oppose à celle de sa famille
(par exemple : se marier en dehors du clan),
le père, la mère ou le conseil
tribal, lui mettent alors le marché
dans les mains avec ce genre de proposition
:
"
Qori cad ama Qori cagaaran, kala dooro. "
(choisi
entre une branche séche ( cad
= blanc) ou une brancheverte).
Ce
qui équivaut à choisir une vie
future pourvue de descendance ou au contraire
stérile dans tous les sens du mot.
Actuellement
en Somalie et surtout dans cette zone délimitée
par la terre noire (Dhoobeey), bien que 99%
de la population soit de confession musulmane,
les pratiques de divination et de sorcellerie
existent de façon occulte, on n'en
parle pas, on se transmet de bouche à
oreille celui ou celle qui a les qualités
requises.
Venons-en
maintenant à la position de ce personnage
au sein de la société : selon
les individus, elle varie beaucoup : certains,
pratiquent la seule divination, vont de village
en village : dans ces cas ils se déguisent
en
'Yibir'= Griots,
chantent et font des louanges dans les cérémonies.
D'autres n'interrogent le sort que de manière
occasionnelle et continuent de cultiver leur
lopin de terre ; bien souvent ils sont de
très puissants faiseurs de sort (Sixiroole)
et on vient de très loin pour les consulter
; bien que discrets, ils restent pourtant
en marge de la société.
Quelle raison
préside-t-elle au choix d'aller consulter
un devin?
Souvent
on consulte un devin sur l'issue d'une transaction,
le moyen de vaincre une adversité,
la cause d'une maladie, la signification d'un
rêve, l'avenir d'un enfant, la nécessité
d'un sacrifice, avec toujours en filigrane
le degré d'incertitude, d'angoisse,
d'impuissance dans lequel vivent ces sociétés.
A son tour le devin y répond par divers
procédés de "
Faal " :-
1· inscription
linéaire sur la cendre ou dans le sable
2· position
et dénombrement de cauris (
Alleelo ), galets marqués;
3· étude
des horoscopes, oracle des songes, etc.
4· déchiffrer
les présages;
Cependant les
modes de divination les plus courants restent
: -
1-l'interprétation
de figures géométriques tracées
sur le sol faites par les doigts : sur un
plateau en bois comparable à une tablette
du Coran ou à même le sol, le
devin répand une mince couche de cendres
ou de fine poussière, sortie d'un sac.
Après s'être recueilli, il trace
dans cette poussière, du bout de l'index
droit, diverses figures, de droite à
gauche, quelques lignes horizontales ondulées,
je n'ai pas souvenir du reste des signes observé
;
2-dans la divination
par les cailloux, le devin tire d'un sac,
où il les conserve habituellement,
de petites pierres (alleelo
ama dhagaxyo) qu'il aligne ou groupe
par deux sur un ou plusieurs rangs de profondeur,
dans un ordre qui paraît aléatoire
; il déplace ensuite certains cailloux
pour tirer des conclusions de la disposition
obtenue.
Les réponses
s'interprètent dans un sens favorable
ou défavorable selon la position des
" Alleellada "
ou de la figure de l'ensemble des lignes tracées
dans la cendre ou dans la poussière
et des formes qui en sortent .
Cependant certains
'Faal' peuvent
ignorer les questions et le sujet visé
et dessiner toute autre chose concernant une
autre personne qui se trouverait par hasard
dans sa zone d'influence : il y eut un épisode
de ce genre lorsque deux amies se rendirent
auprès d'un devin, seule l'une d'elle
était en demande, mais il n'eut aucun
moyens de lire pour elle, à chaque
lancées, le 'Faal'
sortait pour l'autre et à chaque fois
il tombait juste pour elle : le devin en conclut
que cette femme avait un 'Burji'
plus fort que l'autre et qu'il fallait
non seulement séparer les deux femmes,
mais qu'il fallait en éloigner une
à des kilomètres de distance.
Il
semblerait que cette pratique procède
de la géomancie musulmane, et sa diffusion
serait liée à la venue des arabes
dans la région.
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DEUXIEME
PARTIE

Ainsi
que nous l'avons mentionné auparavant
certains devins, afin de passer inaperçus,
endossent le rôle de maître spirituel,
appelé aussi Griots "
Yibir " : dans ces cas ils deviennent
partie intégrante de tous événements
tels que les circoncisions, les mariages,
les funérailles.
Et
selon les occasions ils sont tour à
tour : guérisseurs, musiciens, sorciers,
conteurs, magiciens, envoûteurs ;
ils sont aussi la mémoire des familles,
dont ils connaissent le moindre secret -
on ne les appelle jamais, ils sont là
pour toute cérémonie, comme
par miracle: certains racontent qu'en réalité
ces personnages ont leurs espions parmi
les différentes tribus, ils surveillent
les femmes enceintes, sont à la base
de tout contrat sociale tel que les mariages,
ils sont au courant de toute maladie, ainsi
il leur est très facile de tabler
sur la guérison ou la mort des personnes.
Et à ces occasions, avant même
de les voir sur les lieux, on les entende.
On entend leur litanie commencer à
l'autre bout du village.
On les voit s'avancer lentement, personnages
pittoresques, habillé d'une longe
chemise, un "
gô " sur l'épaule,
leur bâton "
bakoorad " de pèlerin
à la main et plusieurs grandes chaînes
(tusbax) autour
du cou ; l'autre main sur l'oreille, les
yeux fermées, tout dans leur récitation
de l'arbre généalogique des
intéressées, ainsi que les
louanges de rigueurs, ou de regrets selon
les circonstances. ( Ils ont toujours avec
eux un élève qui les suit,
pour les aider dans la récitation
ou, simplement les guider dans le cas ou
le griot serait aveugle).
A
l'autre bout de l'univers occulte, il y a
le sorcier " Sixiroole
" : sa pratique ne se borne pas
à la seule divination, il a une vaste
connaissance des remèdes à base
de plantes et soigne à l'aide de décoctions
de feuilles ou d'écorces. Les noms
des plantes, les maux qu'elles soignent, leur
mode d'emploi, ont fait l'objet d'un véritable
enseignement de la part d'un maître.
Ainsi
que nous l'avons mentionné plus haut,
Sixiroole et Griots
ont tous deux des élèves sous
certains conditions.
Pendant plusieurs mois, ou plusieurs années,
l'apprenti vivra aux côtéx du
maître, le servant comme un domestique,
apprenant en échange les secrets de
son art. il en est de même pour le "
Griots " de confession musulmane
; il s'agit pour la plus part du temps, d'un
apprentissage plus ou moins long, plus ou
moins sévère ; au bout duquel
il y a pour l'élève la promesse
de ne plus manquer de rien.
Les
domaines d'action des deux, Sorciers
et Devins, sont pratiquement identiques
; cependant leurs buts, ainsi que les moyens
mis en action sont différents :
-simple consultation
divinatoire avec des lectures de textes religieux
pour les devins " griots musulmans "
avec parfois la poursuite de la consultation
pour indiquer le remède opportun, faire
une offrande ou confectionner un "xirsi"
ou " makaraan"
une sorte d'amulette, d'instrument de protection
. Il peut aussi arriver parfois qu'un devin
décèle la source d'un mal, et
accepte de le combattre, soit par de décoctions
de plantes, ; soit qu'il se lance à
la poursuite du talisman cause du désordre
; il y a à ce moment là une
confrontation avec le sorcier à la
source de la création de ce talisman
sur la demande d'un 'ennemi' du consultant.
Ce
devin, tout en connaissant la source du mal
qu'il affronte, n'a souvent a à sa
disposition que des moyens qui surfent sur
les fils des vers du Coran, prières,
offrandes, contre-talismans qui contiennent
des surates puissantes.
-face
à cela, se déploie le rayon
d'action du Sixiroole,
beaucoup plus vaste et plus puissant, couvrant
la révélation ainsi que l'action
ou la contre-action sur le terrain. La puissance
de celui-ci est tel que, non seulement il
peut déceler, même à distance,
le mal dont souffre le consultant, mais peut
aussi agir sur le malade, sur les symptômes,
sur l'origine, et sur la prévention
et, bien entendu, il est aussi capable du
contraire.
Ainsi
que nous venons de le voir,
'Sixiroole', griots
ou marabouts ont en commun l'application
d'un certain nombre de rites et utilisent
pratiquement les mêmes objets protecteurs
dans le but de contrer ou favoriser les atteintes
naturelles ou les actions de sorcellerie :
il s'agit de la pratique de :
-Rites propitiatoires
pour mettre la fortune de son côté
;
-Confections
d'amulettes portables ( xirsi
ou makaraan ), ou à enfouir
chez soi ou chez son ennemi ; de talismans,
de gris-gris.
Mon
témoignage sur ces pratiques, ne peut
porter que sur des événements
qui ont eu lieu dans ce triangle des villes
de Giamame, Gilib, Genale. Cette zone de Dhoobeey,
a toujours été ma deuxième
terre natale, ma famille a vécu là
bas assez longtemps pour la considérer
comme sa terre et son peuple comme faisant
partie de notre famille : 'Reer
Dhoobeey' ont été plus
que mes frères et soeurs, nous avons
étés élevés ensemble,
nourri ensemble, soignés par les mêmes
Guérisseuses,
j'ai partagé avec certains le lait
maternel; on dit que, nous sommes "
caano wadaag" ; nous avons partagé
les mêmes peurs et les mêmes croyances.
C'est pour cela qu'aujourd'hui je ne reconnais
pas ces gens qu'on appelle 'Bantou'
et qu'on situe en dehors de nos lignages.
Cela doit obéir à des impératifs
politiques, et je peux le comprendre, mais
personne ne pourra m'enlever ce que j'ai vécu
avec eux et que nous continuons de vivre encore
aujourd'hui, car, malgré la guerre
civile, cette partie de ma famille continue
de régner sur certains cérémonie
de notre maison.

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TROISIEME
PARTIE

REDOUTABLES
RENCONTRES
Au centre de
la Ligne de Cur de l'Afrique et sur
les bords du majestueux Uebi Juba, règne
le puissant "Baxaar".
A la fois force physique et force spirituelle,
il maîtrise et agence son environnement
et plus encore les animaux qui y demeurent.
Redouté
et recherché pour ses pouvoirs par
la majorité des ses semblables, il
hante jusqu'à l'esprit des mères
de famille.
Car il faut dire
que cette énigme de la nature, est
aussi doté d'un pouvoir de persuasion
sur tous êtres et notamment sur les
jeunes filles de bonne famille, qu'il peut
circonvenir d'un simple coup de baguette "
usha baxaarka ", une longue liane
souple ornée de cuir coloré
et des plûmes d'autruche que le 'faiseur
de sort' arbore lors de ses promenades
dans les rues de la ville de Giamame.
( pour les initiés cette baquette
matérialisait le passage entre le visible
et l'invisible).
Gare
à celle qui s'attarde à la nuit
tombée sur les bords du Uebi,
l'heure à laquelle le
" Baxaar " donne ses ordres
à ses animaux de prédilection,
les "Yaxaas "
pour aller chercher les victimes désignées,
ou pour les punir de n'avoir pas ramener les
corps. L'on dit que c'est pour cela que les
Yaxaas ne tuent
pas leurs proies, car leur Maître veuille
à ce qu'il lui obéissent. Dans
le cas contraire, un seul commandement du
'Baxaar' : -" Is-Jibi " et
l'on verra les Yaxaas
se projeter en l'air, et se casser en deux
par la colonne vertébrale, se suicidant
ainsi en signe d'obéissance.
Au
sein de sa cohorte de créatures,
le baxaar mène
donc la danse, les téméraires
qui osent aller lui demander d'agir pour eux,
ne sont plus là pour témoigner
. L'on dit que le baxaar ne laisse pas de
témoins, il est une épée
à double tranchant : entrer dans son
monde exige un prix élevé que
peu sont prêts à payer.
Quoiqu'il
en soit , on raconte dans les nuits
sombres des 'Shiidle'
, l'histoire de cet homme qui voulant punir
son épouse pour son infidélité,
se trouva face à une forteresse à
jamais fermée pour lui ainsi que pour
les autres ; bien plus éprouvante l'histoire
de cet homme marchand toute sa vie à
reculons et avec une branche dans la main,
de peur que le 'baxaar'
ne prélève ses empreintes pour
le faire disparaître . 
De
même, sous les cieux de
Kamsuma, la nuit appartient au
baxaar et nul n'ose sortir à
partir du couché du soleil et le lendemain
il n'était pas rare de trouver les
sentiers goudronnés jonchés
de coquilles d'ufs vides, signes qu'un
envoûtement avait eu lieu et qu'un homme
peut-être n'urinerait plus debout !!!!
Chers
lecteurs, vous ne rêvez pas,
ceci ne relève pas du domaine de l'imaginaire
; ceci à été et probablement
ceci est encore. Qui
de vous aura le cur d'aller le vérifier
?( A bientôt pour d'autres impossibles
rencontres).

NB/
- Le terme "yibir"
utilisé dans ce contexte n'a
rien à avoir avec des tribus somaliennes,
cette terminologie servait à nommer
les "griots"
qui venaient exercer à Mogadisho
durant certains cérémonies.
Il s'agit donc de l'appellation d'un corps
de métier et non d'une tribu, des artistes
que je tiens en très grand estime,
car dépositaires de la mémoire
collective. Vous devriez vous souvenir de
cela avant de ruer dans les brancards.

Dans
son 'Recueil de textes
choisis' *, l'auteur somalien Maxamed
Cabdi Maxamed relate l'histoire des
Anaas, appelés aussi Yibir :
Quote
" Les Anaas ...sont des sorciers: aprés
avoir subi les rites initiatiques, ils sont
en droit d'exercer la magie. L'un des leurs
principales activités consiste à
benir les naissances de toute enfant mâle
et de toute fille aînée... Aprés
l'offrande des parente, le sorcier chante
sa bénédiction et leur tend
une amulette
'makaraan'
en prononçant ses paroles:
| Wiilka
Xanfaley iyo Xeylo dubato |
( désignation
des parents ) |
| Alla
ha ka qaado |
Que
Dieu épargne ton fils |
| Jinni
madow, Jaan madow |
Des
mauvais esprits,du diable noir et du maudit |
| Qumanyo
madow, sixir madow |
de
la Déesse du malheur et du Sorcier
maléfique |
| Alla
ha ka qaado |
Que
Dieu le préserve |
| |
|
Les Anaas bénissent aussi les mariages
| Arooskii
guleed, oo aan gablamin |
Que
votre mariage soit heureux et fructueux, |
| Kii
abshir leh, |
Qu'il
vous apporte le bonheur |
| Kii
curud leh, |
Qu'il
vous donne un fils aîné |
| Kii
caano leh oo |
Qu'il
vous donne l'abondance |
| Barbaar
ciyaarta leh, |
De
la jeunesse rieuse |
| Allaha
ka yeelo oo |
Que
Dieu vous accorde tout cela |
| Sadkayaga
noo keena. |
Et
nous en donne notre part |
Unquote
*'Recueil
de textes choisis" de Maxamed
Cabdi Maxamed (©
service technique de
l'UFR Lettres Besançon). C'est une
véritable source de la culture orale
somalienne, fruit d'un travail sur le terrain
effectué par ce chercheur et traduit
par ses soins.- aaa

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QUATRIEME
PARTIE

L'homme
lassé d'avoir en vain imploré
le ciel s'adresse donc à l'Enfer.
Dans
la chaleur moite de la jungle africaine, bien
peu d'animaux, qu'ils soient "
rabbaayad " ou " dugaag ",
ont la chance d'échapper au destin
du 'transfert de sort'
(1), que cela soit temporaire ou définitif.
L'acte
de sorcellerie portant préjudice à
ces animaux à donc toujours pour origine
l'homme et sa sphère d'influence spirituelle.
L'homme et ses incertitudes ainsi que ses
névroses trouvent un exécutoire
dans des cérémonies au cours
desquelles le sixiroole,
entre en transe et procède au transfert
des négativités de l'homme vers
l'animal choisi à cet effet, afin d'opérer
la guérison.
A
cet égard, il faut tout d'abord distinguer
entre animaux de sacrifice
et animaux de
'transfert de sort' : ces derniers
font dûment l'objet d'une recherche
pointilleuse suite au rêve du "
sixiroole " grâce à
son 'esprit possesseur'. Il s'agit souvent
d'animaux assez spéciaux, avec des
signes distinctifs bien marqués, que
le malade ou sa famille - dans le cas où
le patient serait la proie d'un esprit malveillant
- doit rechercher, souvent au prix de grands
sacrifices.
Au
cours d'une cérémonie assez
particulière, le sixiroole
en transe invoque ses esprits
protecteurs et verse sur le malade
une mixture préparée par lui,
tout en brûlant des herbes et en récitant
des formules.
A
un certain moment du rituel, des poils et
des parties de l'animal choisi sont jetés
sur le feu, et un peu de son sang sur le malade
: en fin de cérémonie l'animal
doit être libéré afin
de porter la charge du transfert.
(
Rappelez-vous la portée de la possession
d'un fragment du corps ou même d'une
pièce vestimentaire de la victime potentielle,
cela peut tout simplement être le support
d'une action magique sur le corps tout entier
(guérison ou, a l'inverse, destruction,
envoûtement, captation, etc.) Avec des
touffes de cheveux, dents de lait, rognures
d'ongles, cordon ombilical, etc., on confectionne
des amulettes ou des grigris qui serviront
à nuire à l'être sur lequel
ils ont été prélevés
ou à le soustraire à d'éventuels
ennemis ; des objets personnels tels que des
bijoux, attachés symboliquement a un
individu, peuvent servir aussi de support
à une action maléfique sur leur
propriétaire.)
Par
ce procédé, simple en apparence,
le transfert des négativités
est effectué : conviction mentale ou
efficacité supposé de l'artifice,
le malade retrouve le plus souvent sa santé
physique. On peut dire dans un sens qu'il
"s'auto guérit".
Une pratique similaire basée sur la
croyance en ce rituel de "
transfert de sort ", est en vigueur
dans la région de Benadir où
nous assistons au paradoxe d'une société
profondément musulmane et pourtant
viscéralement convaincue de l'existence
de plusieurs types d'esprits, malins ou bienfaisants
qui, dans le langage courant sont appelés
Jinni, Saar et Wadaado ; ces esprits
sont supposés être responsable
de bien des maladies physiques et mentales
; et ce phénomène concerne pratiquement
toutes les couches sociales.

Avant
d'aller plus loin dans l'univers des esprits,
je citerais ici le chercheur
Toufic Fahd, qui, dans son étude
" La divination
arabe. Etudes religieuses, sociologique et
folklorique sur le milieu natif de l'Islam
", avance une explication de ce
paradoxe soulevé par la relation divination
et islam et l'attitude de l'islam de l'époque
pour intégrer ces pratiques, tout en
préservant la pureté de l'islam
: -
Quote
"
Bannir le devin de la société
musulmane tout en conservant certaines pratiques
divinatoires, cela nécessitait le réaménagement
de ces dernières. Désormais,
tout individu capte les signes divinatoires
et les interprète. Il peut consulter
quelqu'un de plus doué, plus capable,
plus expérimenté que lui, sans
que ce dernier ait une fonction officielle
dans la communauté. Progressivement,
et à la demande des califes qui se
fiaient à la voix du ciel exprimée
par les signes divinatoires, les héritiers
de la science des devins, et non de leur fonction
ni de leurs privilèges, fixent par
écrit les codes d'interprétation
et les règles des divers procédés
divinatoires, de manière que chaque
individu soit suffisamment armé pour
donner aux signes qu'il retient la signification
qu'il croit leur convenir. Il restera des
personnes plus compétentes que d'autres
; mais le principe de la " laïcité
" de la divination n'en souffrira plus
... On ne considérait plus
la connaissance divinatoire comme le fruit
d'une inspiration divine, mais comme l'acquis
d'une science humaine "
Unquote

Bien
que cette attitude permit l'éclosion
d'une vaste science divinatoire publiquement
acceptée et honorée ; je ne
crois pas qu'à elle seule, elle puisse
justifier l'existence de toutes ces pratiques
; néanmoins, la dimension religieuse
se devait de prendre en charge ces inévitables
manifestations sociales en essayant de les
contrôler à travers l'intervention
des ces Hommes de 'Dieu' ( Wadaado
) qui de par leur connaissance du sacré
peuvent sans 'dommage' aller et venir sur
les fils des manifestations des esprits saints
ou magiques.
Cependant
une différence est à noter dans
la prise en charge de ces pathologies : là
où ailleurs l'intervention du
sixiroole était requise,
ici c'est le domaine du "
Wadaad " qui est l'axe équilibrant
du 'Sixiroole'
; celui qui se dresse comme seul rempart entre
le monde des ténèbres et la
lumière de la croyance en Dieu.
Face
à la " face
cachée " du "
sorcier envoûteur " c'est
à dire contre son activité nocturne
répond "la
clarté et la pureté"
de la pratique diurne du '
Wadaad'.
Là
où la sorcellerie est exercée
par le moyen de recettes et de formules relevant
de la magie noire, avec une intention plus
ou moins pernicieuse, ici, par opposition
le "Wadaad "
agit avec l'aide d'amulettes bénéfiques
contenants des sourates du Koran rédigée
sur du papier plié et caché
à l'intérieur d'un étui
en cuir hermétiquement fermé
que la personne doit porter sur elle en permanence
: au bras, au cou, à la ceinture (xersi)
.
Ce
'Wadaad' fait partie de la grande famille
des " Culumo "
les gens du savoir coranique et dans sa 'clairvoyance
spatiale' agit pour le bien des êtres
et seulement pour leur bien : bien entendu,
cela n'exclue pas l'existence de charlatans
de tous genres qui agissent par cupidité
en essayant de transformer le 'Coran
liturgique' en
'Coran talismanique' au service des
désirs temporels de l'humanité
faible.-
aaa
(
à bientôt dans le cercle du désenvoûtement
)

(1)Ces pratiques que nous croyons si lointaine,
sont pourtant bien souvent à notre
porte : à Paris même, lors de
la promenade du petit caniche d'une amie,
j'ai croisé une personne que je connaissais
bien et qui savait que cet caniche ne m'appartenait
pas ; cette personne, au milieu de notre conversation
amicale, me demande si elle pouvait prélever
une touffe des poils couleur chocolat du petit
caniche : devant mon étonnement, cette
personne m'avoua que c'était pour procéder
à un transfert de maladie
Je
n'ai pas besoin de vous raconter ici la manière
dont fut défendue notre petite démi-portion
: quant à vous,
soyez sur vos gardes, bien souvent ces personnages
avancent masqués.
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V

La
danse ritualiste de Somalie :- la dernière
partie de ce dossier est basée sur
un petit opuscule edité en 1974 par
l'ancien Ministère de la Culture de
Somalie intitulé:
'
La culture et le Folklore Somaliens'
Nous
avons mentionné précédemment
que les danses appartenant à cette
catégorie possédaient un élément
religieux ou superstitieux, car elles sont
destinés à éloigner les
forces du mal de l'homme. Il existe un grand
nombre de ce type de danse floklorique spirituelle
dans les diverses régions de la Somalie,
les plus populaires comptant les danses suivantes:
1.Istaqfurow
( dabshid ) / 2.Mingis/
3.Saar/ 4.Saarlugeed/
5.Saarmoye/
6.Beebe/ 7.Boorane/
8.Baar Cadde/
9.Hayat
(Bordheere et Lugey)/ 10.Jumato/
11.Istunka.
Les
techniques d'exécution et le rite particulier
de chacune des ces danses sont extrêmement
variés; nous n'allons donc que considérer
les danses Istunka,
Istaqfurow et
Mingis comme
illustration.
Les
rites Istaqfurow
s'observent chaque année en janvier
et en février, dans le sud de la Somalie.
C'est l'époque de l'année où
soufflent violemment le long des côtes
méridionales les alizées du
nord-est entraînant des tempêtes
et des mers houleuses dans l'Océan
Indien. Les voyages en mer dans les 'dhows'
locaux, le long de la côte, cessent
pratiquement pendant trois à quatre
mois jusqu'à ce que les vents forts
se calment. Ces fortes tempêtes et grandes
marées qui déferlent sur le
rivage causent bien souvent des dommages matèriels
et physiques, coulant des navires sur les
mers houleuses, balayant le toit des huttes,
abattant les arbres fruitiers et soulevant
même les gens du sol. Comme nous l'avons
dit, pour
le commun des mortels l'univers entier est
rempli de mystère, toute réaction
négative ou positive n'est jamais naturelle
: à la source de toute entrave on trouvera,
on cherchant bien, une intention de nuire,
qu'elle soit le fait d'un vivant, d'un mort
ou d'un dieu cruel, d'où des rites
de sacrifice destinés à apaiser
ces dieux imaginaires. Les offrandes présentées
au 'dieux de la mer" ne sont plus des
êtres humains mais un troupeau choisi
de cent animaux, moutons et chévres.
Pendant ce temps la foule danse et chante
de mystérieuses formules destinées
à parfaire le rite de sacrifice jusqu'au
prochain Istaqfurow
de l'année suivante.

(Le
point de vue d'un artiste somalien):- www.osmanart.net

Dans
les rites Mingis
ce sont les esprits magiques qui dominent.
Il existe tout un système hiérarchique
de ces jinnis
ou esprits supernaturels à qui l'on
attribue le pouvoir d'infliger des maladies
mortelles à ceux qui '
les intéressent'.
A la tête de cet ordre invisible domine
le Fétiche suprême
: le Wadhooye
qui contrôle le destin de ceux tombant
sous ses charmes saar.
Au
sein de ce système hiérarchique
d'esprits, existent des personnages supernaturels
divers ayant un pouvoir moins important et
menant une lutte constante autant avec le
fétiche suprême qu'avec leurs
pareils pour s'assurer le pouvoir et l'influence
sur leurs sujets humains. Voici certains de
ces personnages principaux:
Ashkir-marooriye
/ Ciise Mingis Rooble / Xamaro
(femelle) / Nuumbi / Wadhooye
/ Maame / Yawarkaasi
/ Yoose.
Chacune
de ces personnages est honoré d'une
danse rituelle particulière. Ciise
Mingis Rooble, Maame et Wadhooye semblent
avoir le plus grand nombre de partisans qui
se développent en factions et cultes
distincts : Mingis,
Nuumbi, Saar et ainsi de suite.
Chaque
groupe croit que l'esprit qu'il honore est
le souverain suprême de tous les autres
esprits, dont le nombre est infini; leurs
disciples humains sont en perpétuel
désaccord à l'instar des jinnis
divers qu'ils vénérent. En réalité,
ce sont les Calaqads
ou leaders de culte divers qui se cherchent
querelle, s'efforcant de se rejeter mutuellement
de ce marché lucratif.
La
lutte présumée entre
jinnis pour obtenir influence
et suprémacie se manifeste parmi les
disciples et dévoués lors d'occasions
telles que l'exécution de danses rituelles
par exemple, où les partisans de cultes
différents rivalisent ouvertement.
Il se peut par exemple qu'un disciple danseur
désire exécuter la danse rituelle
résevée à son 'maître'
particulier, tandis qu'un membre d'un autre
culte s'y oppose exigeant que soit exécutée
d'abord la danse favorite de son culte. L'un
des contestants saute soudainement dans l'arène
et demande l'hymne propitiatoire en l'honneur
de son esprit-maître. Le choeur le chante
à pleine voix à l'unison et
en battant des mains, jusqu'à ce que
le danseur atteint un état d'extase
et court et saute sans but autour de la piste
de danse. Soudain son adversaire, mal à
l'aise jusqu'alors, saute dans la piste et
chante l'hymne de son propre culte de façon
démoniaque. Le choeur et les musiciens,
qui assument habituellement une position neutre
et ne prennent pas part à ce duel supernaturel,
chantent et jouent le nouvel hymne en l'honneur
du personnage choisi par le nouveau danseur
dans l'arène. C'est alors que le premier
danseur quitte la piste en colère car
il se sent offensé par 'l'imposteur'
qui a profané l'exécution en
faveur de son propre maître. Il se repose
alors une heure ou deux puis saute à
nouveau sur la piste, annonçant une
fois encore le chant favoir de son maître.
C'est maintenant au tour de l'autre de se
retirer et de se reposer. Ces danses ritualiste,
et surtout le Nuumbi
lorsqu'a lieu le spectacle décrit ci-dessus,
se poursuivent jusqu'au petit matin et la
foule immense s'amuse beaucoup devant les
cabrioles bizarres des guérisseurs
d'Afrique.
(
toujours dans le cercle du désenvoûtement
)
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VI
La
suite des danses ritualiste de Somalie
:- toujours basées sur l'opuscule:
'
La culture et le Folklore Somaliens'
edité
en 1974 par l'ancien Ministère de la
Culture de Somalie.

Yoose,
Ashkir-marooriye, Xamaro
et autres font partie de ces personnages
moins importants obéissant aux ordres
d'un fétiche principal tel que Wadhooye
dans cette entreprise trés lucrative
du choix des victimes ( des ménagères
surtout) qui seront frappées des maladies
Saar ou Mingis.
Une
vielle femme porte le titre du culte à
savoir '
Calaqad',
interprète ou oracle de chacun
de ces jinnis,
et elle seule a le droit de commmuniquer directement
avc le 'Maître'.
Parfois un homme remplit le rôle d'oracle.
Pour obtenir le plus de clients possibles
et donc le revenus les plus élevés,
la 'calaqad'
nomme certaines des ses
disciples au poste d'oracle, mais elle garde
l'autorité suprême relative aux
fonctions du culte car elle seule posséde
l'expérience nécessaire de la
sorcellerie. La novice est initiée
aux mystères de la magie noire, aprés
être passée par le troisième
rite ou 'Muul'
le plus complexe et le plus couteux. Aprés
quoi le nouvel oracle a le droit de ' guérir'
les victimes conformément aux méthodes
de son 'Maître'
et d'accepter les offrandes des patients au
nom du ' jinni'.
La nouvelle guérisseuse doit obéissance
à celle qui l'a promu et elle doit
lui remettre une partie des revenus qu'elle
obtient de ses patients. Ainsi les vieilles
femmes peuvent exercer une influence puissante
sur des jeunes filles ou des jeune femmes
qu'elles menacent de la colère du Wadhooye
ou Maame.
La
Calaqaad, qui
grâce à son grand âge,
passe pour une dame trés respectable
du village ou de la ville, accéde ainsi
à tous les domiciles. Elle choisit
généralement des jeunes femmes
inexpérimentés ou des gens crédules
qu'elle peut manipuler facilement. La Calaqaad
rend visite à une jeune femme en l'absence
du mari de cette dernière et commence
à travailler sur les doutes et les
incertitudes de la jeunes femmes.
A
ce point l'ouvrage relate un dialogue imaginaire
qui peut donner une idée des tactiques
employées par la vielle sorcière
pour envoûter sa malheureuse victime.

VII
Toujours
dans le cercle de désenvoûtement
(La
culture et le Folklore Somaliens'1974).
Les
arguments et les menaces de la vieille femme
ont presque toujours raison d'une jeune femme
crédule, la persuadant qu'en raison
de la négligence et de l'égoïsme
de son mari ou de sa belle-famille, elle souffre,
et que cette souffrance a un nom : 'Saar'
ou 'Mingis' et qu'elle a été
choisie par Wadhooye ou quelque autre esprit
le servant - Ashkir-marooriye
, Hiid , Xamaro etc. pour observer
les fêtes nécessaires si elle
désire se sentir mieux et obtenir les
faveurs des 'jinnis' ayant le pouvoir de '
tarir la source de la fécondité
de la femme', pour la rendre stérile
et sans enfants tout le reste de sa vie.
Les Samrad,
Sharad et Muul sont les trois fêtes
rituelles principales en l'honneur de Wadhooye,
Maame et des dizaines d'autres esprits : -
1)-La première est la fête pendant
laquelle 'la victime' doit subir certaines
cérémonies rituelles -danse,
chants, fumigation avec beaucoup d'encens,
de parfums et d'huiles douces etc. La personne
'promet' alors d'observer..
2)-la seconde fête importante 'Sharad',
si l'esprit la laisse en paix entre-temps.
Lorsque la Sharad a eu lieu, les auteurs de
cette propitiation pressent la victime d'observer
aussi
3)-la troisième cérémonie
de Muul,
pour s'assurer doublement que le
'jinni' est entièrement
satisfait ; sinon, l'esprit ne laissera probablement
pas la personne en paix.
La Muul
est la plus élaborée
de trois fêtes et elle est la plus coûteuse.
Ainsi, les fêtes somptueuses se succèdent
et les guérisseuses peuvent s'assurer
des affaires lucratives de façon permanente.
Pendant les propitiations,
la vieille sorcière se met dans un
délire semi-fou, en hoquetant, toussant,
geignant, gémissant et ainsi de suite,
et elle proclame à haute voix que son
esprit-maître désire des sacrifices
animaux, des sommes d'argent etc.. conditions
qui doivent être remplies pour 'quitter
le corps des victimes' que le démon
a choisi comme résidence permanente.
En fait, les sacrifices animaux sont l'occasion
de festins pour la Calaqaad et ses disciples,
dont bon nombre sont maintenant des hommes
; ils se partagent l'argent, la part du roi
allant à l'oracle principal.
Ces rites se déroulent
généralement chez la victime,
dans sa maison ornée de draperies et
de tapis confortables. Les fenêtres
sont hermétiquement closes pour empêcher
le 'mauvais air' d'entrer ou les regards malvenus
des hommes. La pièce n'est que faiblement
éclairée et d'immenses colonnes
d'encens s'élèvent des urnes
placées dans tous les coins de la pièce.
Un grand nombre de personnes, des femmes en
général, servent de gardiennes
pour la Calaqaad ou chef ; ce sont d'anciennes
initiées 'immunisées' contre
les charmes Saar ou Mingis et qui 'dédient'
volontairement leurs services au guru tout
puissant. Ces dévouées fidèles
aident leur maîtresse dans l'exécution
des cérémonies en formant le
chur qui chante, joue du tambour, bat
des mains etc.. et remplit toutes les tâches
nécessaires à l'organisation
des fonctions fétichiques.
On fait asseoir la victime du Saar ou Mingis,
très souvent une jeune femme comme
nous l'avons dit, au milieu de la pièce,
enveloppée d'un 'dirac' transparent,
les cheveux tombant sur son visage et ses
épaules. Elle est entourée du
chur qui peut se composer aussi bien
d'hommes que de femmes. Soudain, des coups
de tambour résonnent dans le silence
mortel de la pièce, accompagnés
de chants mystérieux par des contraltos
de femmes mêlées de ténors.
La Calaqaad est assise prés de la victime
; elle commence à prononcer des phrases
et des formules inintelligibles, indiquant
l'esprit particulier qui, selon ses dires,
hante le corps de la jeune femme.
Chacun des personnages
fétiches divers possède un hymne
spécial, par exemple, lorsqu'on suppose
que l'un des chefs de la hiérarchie,
Wadhooye,
'réside' dans le corps de la victime,
la calaqaad officiant lors de tous les rites
Saar et Mingis, chante les mots suivants :
-

|
wadhooye
wadhooye
soo dhacyey
Saarlaa ogaa ;
wuxuu doonayaa
daylooy laxdii ;
wuxuu doonayaa
aqal daahyoweyn
deewali xariiruu
doonayaa
|
"wadhooye
s'en va ( du corps de la victime)
wadhooye
désire
un brébis (lax)
dont la tâche noire s'étend
de la tête à la poitrine
( comme sacrifice) ;
une hutte (aqal)
confortable aux lourds rideaux (dans
laquelle doivent se dérouler
les rites Samrad
et Sharad ;
une Deewaali
de soie (ceinture
brodée pour dames).."
|

Hiid
a aussi ses propres chants à
savoir : -
|
hiidow
baxey
hee-bee
hilib-hilin hayow
hiidow baxey
hee-hee..
hala dhalay watow
hiidow baxey
shaydaan hurdow
hiidow baxey
meygaag hurdow
hiidow baxey
haragwaxar sitow
hiidow baxey..
|
"Oh,
Hiid
tout-puissant
suivant des sentiers tortueux,
possesseur de chameaux laitiers (hala
dhalay)
démon endormi
sous l'arbre 'Meygaag',
porteur de guenilles (hilif)
et de peaux de chevreau (harag-waxar)
va-t'en du corps de la victime)
"
|

Les aliments, les
vêtements et l'argent fournis par la
patiente selon les 'désirs de l'esprit'
sont utilisés par la calaqaad
ou oracle et ses disciples, dont bon nombre
sont des hommes initiés de nos jours,
ce sont en fait ses gardes du corps. Les parfums,
encens, huiles et ainsi de suite, sont utilisés
avec largesse par les auteurs de cette propitiation
pour 'adoucir' leurs corps- le 'logis permanent'
des dieux de la magie noire. On dit que tous
les types de cadeaux ne conviennent pas comme
sacrifices à ces personnages impitoyables
; ils semblent avoir une prédilection
pour les articles coûteux comme des
parfums aromatiques et des huiles parfumées
importées d'autres pays. Voici quelques
exemples des marques particulières
de parfums et cosmétiques exigés
par ces fétiches locaux :
|
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Cosmétiques
et mélanges parfumés:-
1)-buctureen
2)-jaawe
3)-catarcuud
4)-cusbur
5)-cafasiyad
6)-Cambar
7)-cuud
8)-ciddi
9)-cillaan
10)-casarleged
11)-huruud
|
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|
En
flacons( parfums ) barafuun
ama cattar: -
12)-baradiso
13)-farxata niisaa
14)-nuurbi n
|

Une
parmi les centaines de recette de mélange
pour 'uunsi':
il ya celle-ci
1+2+3+4+5+6+7+8+10+encens+12
ou 13ou 14+huile
végétale, l'ensemble bouillie
etmis à macérer longtemps; seront
brûler en permanence durant la cérémonie.

En dépit
de leurs éléments superstitieux,
la plupart de ces danses rituelles ont une
certaine valeur artistique car elles reflètent
les superbes créations artistiques
des sociétés africaines. L'exécution
exquise de la Nuumbi
avec sa musique Sharaara
envoûtante, les fastueuses coutumes,
tout cela | | | | |