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DEUXIEME PARTIE

REDOUTABLES RENCONTRES


Au centre de la Ligne de Cœur de l'Afrique et sur les bords du majestueux Uebi Juba, règne le puissant "Baxaar". A la fois force physique et force spirituelle, il maîtrise et agence son environnement et plus encore les animaux qui y demeurent.
Redouté et recherché pour ses pouvoirs par la majorité des ses semblables, il hante jusqu'à l'esprit des mères de famille.
Car il faut dire que cette énigme de la nature, est aussi doté d'un pouvoir de persuasion sur tous êtres et notamment sur les jeunes filles de bonne famille, qu'il peut circonvenir d'un simple coup de baguette " usha baxaarka ", une longue liane souple ornée de cuir coloré et des plûmes d'autruche que le 'faiseur de sort' arbore lors de ses promenades dans les rues de la ville de Giamame. ( pour les initiés cette baquette matérialisait le passage entre le visible et l'invisible).

Gare à celle qui s'attarde à la nuit tombée sur les bords du Uebi, l'heure à laquelle le " Baxaar " donne ses ordres à ses animaux de prédilection, les "Yaxaas " pour aller chercher les victimes désignées, ou pour les punir de n'avoir pas ramener les corps. L'on dit que c'est pour cela que les Yaxaas ne tuent pas leurs proies, car leur Maître veuille à ce qu'il lui obéissent. Dans le cas contraire, un seul commandement du 'Baxaar' : -" Is-Jibi " et l'on verra les Yaxaas se projeter en l'air, et se casser en deux par la colonne vertébrale, se suicidant ainsi en signe d'obéissance.

Au sein de sa cohorte de créatures, le baxaar mène donc la danse, les téméraires qui osent aller lui demander d'agir pour eux, ne sont plus là pour témoigner. L'on dit que le Baxaar ne laisse pas de témoins, il est une épée à double tranchant : entrer dans son monde exige un prix élevé que peu sont prêts à payer.

Quoiqu'il en soit , on raconte dans les nuits sombres des 'Shiidle' , l'histoire de cet homme qui voulant punir son épouse pour son infidélité, se trouva face à une forteresse à jamais fermée pour lui ainsi que pour les autres ; bien plus éprouvante l'histoire de cet homme marchand toute sa vie à reculons et avec une branche dans la main, de peur que le 'baxaar' ne prélève ses empreintes pour le faire disparaître .

De même, sous les cieux de Kamsuma, la nuit appartient au Baxaar et nul n'ose sortir à partir du couché du soleil et le lendemain il n'était pas rare de trouver les sentiers goudronnés jonchés de coquilles d'œufs vides, signes qu'un envoûtement avait eu lieu et qu'un homme peut-être n'urinerait plus debout !!!!

Chers lecteurs, vous ne rêvez pas, ceci ne relève pas du domaine de l'imaginaire ; ceci à été et probablement ceci est encore. Qui de vous aura le cœur d'aller le vérifier ?

( pour d'autres impossibles rencontres ...).

Reponse à certains lecteurs:

- Le terme "yibir" utilisé dans ce contexte n'a rien à avoir avec des tribus somaliennes, cette terminologie servait à nommer les "griots" qui venaient exercer à Mogadisho durant certains cérémonies. Il s'agit donc de l'appellation d'un corps de métier et non d'une tribu; des artistes que je tiens en très grand estime, car dépositaires de la mémoire collective. Vous devriez vous souvenir de cela avant de ruer dans les brancards.-

Dans son 'Recueil de textes choisis' *, l'auteur somalien Maxamed Cabdi Maxamed relate l'histoire des Anaas, appelés aussi Yibir :

Quote

" Les Anaas ...sont des sorciers: aprés avoir subi les rites initiatiques, ils sont en droit d'exercer la magie. L'un des leurs principales activités consiste à benir les naissances de toute enfant mâle et de toute fille aînée... Aprés l'offrande des parente, le sorcier chante sa bénédiction et leur tend une amulette 'makaraan' en prononçant ses paroles:

Wiilka Xanfaley iyo Xeylo dubato
( désignation des parents )
Alla ha ka qaado
Que Dieu épargne ton fils
Jinni madow, Jaan madow
Des mauvais esprits,du diable noir et du maudit
Qumanyo madow, sixir madow
de la Déesse du malheur et du Sorcier maléfique
Alla ha ka qaado
Que Dieu le préserve

Les Anaas bénissent aussi les mariages

Arooskii guleed, oo aan gablamin
Que votre mariage soit heureux et fructueux,
Kii abshir leh,
Qu'il vous apporte le bonheur
Kii curud leh,
Qu'il vous donne un fils aîné
Kii caano leh oo
Qu'il vous donne l'abondance
Barbaar ciyaarta leh,
De la jeunesse rieuse
Allaha ka yeelo oo
Que Dieu vous accorde tout cela
Sadkayaga noo keena.
Et nous en donne notre part

Unquote

*'Recueil de textes choisis" de Maxamed Cabdi Maxamed (© service technique de l'UFR Lettres Besançon). C'est une véritable source de la culture orale somalienne, fruit d'un travail sur le terrain effectué par ce chercheur et traduit par ses soins.- aaa

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