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TROISIEME PARTIE
L'homme lassé d'avoir en vain imploré le ciel s'adresse donc à l'Enfer. Dans la chaleur moite de la jungle africaine, bien peu d'animaux, qu'ils soient " rabbaayad " ou " dugaag ", ont la chance d'échapper au destin du 'transfert de sort' (1), que cela soit temporaire ou définitif. L'acte de sorcellerie portant préjudice à ces animaux à donc toujours pour origine l'homme et sa sphère d'influence spirituelle. L'homme et ses incertitudes ainsi que ses névroses trouvent un exécutoire dans des cérémonies au cours desquelles le sixiroole, entre en transe et procède au transfert des négativités de l'homme vers l'animal choisi à cet effet, afin d'opérer la guérison. A
cet égard, il faut tout d'abord distinguer entre animaux
de sacrifice et animaux de 'transfert de
sort' : ces derniers font dûment l'objet d'une recherche
pointilleuse suite au rêve du "
sixiroole " grâce à son 'esprit possesseur'.
Il s'agit souvent d'animaux assez spéciaux, avec des signes distinctifs
bien marqués, que le malade ou sa famille - dans le cas où
le patient serait la proie d'un esprit malveillant - doit rechercher,
souvent au prix de grands sacrifices. Au
cours d'une cérémonie assez particulière, le sixiroole
en transe invoque ses esprits protecteurs
et verse sur le malade une mixture préparée par lui, tout
en brûlant des herbes et en récitant des formules. A
un certain moment du rituel, des poils et des parties de l'animal choisi
sont jetés sur le feu, et un peu de son sang sur le malade :
en fin de cérémonie l'animal doit être libéré
afin de porter la charge du transfert. (
Rappelez-vous la portée de la possession d'un fragment du corps
ou même d'une pièce vestimentaire de la victime potentielle,
cela peut tout simplement être le support d'une action magique
sur le corps tout entier (guérison ou, a l'inverse, destruction,
envoûtement, captation, etc.) Avec des touffes de cheveux, dents
de lait, rognures d'ongles, cordon ombilical, etc., on confectionne
des amulettes ou des grigris qui serviront à nuire à l'être
sur lequel ils ont été prélevés ou à
le soustraire à d'éventuels ennemis ; des objets personnels
tels que des bijoux, attachés symboliquement a un individu, peuvent
servir aussi de support à une action maléfique sur leur
propriétaire.) Par ce procédé, simple en apparence, le transfert des négativités est effectué : conviction mentale ou efficacité supposé de l'artifice, le malade retrouve le plus souvent sa santé physique. On peut dire dans un sens qu'il "s'auto guérit". Une pratique similaire basée sur la croyance en ce rituel de " transfert de sort ", est en vigueur dans la région de Benadir où nous assistons au paradoxe d'une société profondément musulmane et pourtant viscéralement convaincue de l'existence de plusieurs types d'esprits, malins ou bienfaisants qui, dans le langage courant sont appelés Jinni, Saar et Wadaado ; ces esprits sont supposés être responsable de bien des maladies physiques et mentales ; et ce phénomène concerne pratiquement toutes les couches sociales. Avant d'aller plus loin dans l'univers des esprits, je citerais ici le chercheur Toufic Fahd, qui, dans son étude " La divination arabe. Etudes religieuses, sociologique et folklorique sur le milieu natif de l'Islam ", avance une explication de ce paradoxe soulevé par la relation divination et islam et l'attitude de l'islam de l'époque pour intégrer ces pratiques, tout en préservant la pureté de l'islam : - Quote " Bannir le devin de la société musulmane tout en conservant certaines pratiques divinatoires, cela nécessitait le réaménagement de ces dernières. Désormais, tout individu capte les signes divinatoires et les interprète. Il peut consulter quelqu'un de plus doué, plus capable, plus expérimenté que lui, sans que ce dernier ait une fonction officielle dans la communauté. Progressivement, et à la demande des califes qui se fiaient à la voix du ciel exprimée par les signes divinatoires, les héritiers de la science des devins, et non de leur fonction ni de leurs privilèges, fixent par écrit les codes d'interprétation et les règles des divers procédés divinatoires, de manière que chaque individu soit suffisamment armé pour donner aux signes qu'il retient la signification qu'il croit leur convenir. Il restera des personnes plus compétentes que d'autres ; mais le principe de la " laïcité " de la divination n'en souffrira plus ... On ne considérait plus la connaissance divinatoire comme le fruit d'une inspiration divine, mais comme l'acquis d'une science humaine " Unquote Bien que cette attitude permit l'éclosion d'une vaste science divinatoire publiquement acceptée et honorée ; je ne crois pas qu'à elle seule, elle puisse justifier l'existence de toutes ces pratiques: néanmoins, la dimension religieuse se devait de prendre en charge ces inévitables manifestations sociales en essayant de les contrôler à travers l'intervention des ces Hommes de Dieu ( Wadaado ) qui de par leur connaissance du sacré peuvent sans 'dommage' aller et venir sur les fils des manifestations des esprits saints ou magiques. Cependant une différence est à noter dans la prise en charge de ces pathologies : là où ailleurs l'intervention du sixiroole était requise, ici c'est le domaine du " Wadaad " qui est l'axe équilibrant du 'Sixiroole' ; celui qui se dresse comme seul rempart entre le monde des ténèbres et la lumière de la croyance en Dieu. Face à la " face cachée " du " sorcier envoûteur " c'est à dire contre son activité nocturne répond "la clarté et la pureté" de la pratique diurne du 'Wadaad'. Là
où la sorcellerie est exercée par le moyen de recettes
et de formules relevant de la magie noire, avec une intention plus ou
moins pernicieuse, ici, par opposition le "Wadaad
" agit avec l'aide d'amulettes bénéfiques
contenants des sourates du Koran rédigée sur du papier
plié et caché à l'intérieur d'un étui
en cuir hermétiquement fermé que la personne doit porter
sur elle en permanence : au bras, au cou, à la ceinture (xersi)
. Ce 'Wadaad' fait partie de la grande famille des " Culumo " les gens du savoir coranique et dans sa 'clairvoyance spatiale' agit pour le bien des êtres et seulement pour leur bien : bien entendu, cela n'exclue pas l'existence de charlatans de tous genres qui agissent par cupidité en essayant de transformer le 'Coran liturgique' en 'Coran talismanique' au service des désirs temporels de l'humanité faible.- aaa ( à bientôt dans le cercle du désenvoûtement )
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