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Nomades sur les fils du temps et des esprits...

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Les pratiques divinatoire et magique dans la région du Benadir et du Basso Juba. ( Part I - II- III - IV- V - VI - VII -)
  " La magie noire et la magie blanche ne sont pas des forces différentes : c'est l'application soit destructive soit constructive de la même force ". JdH
Au centre de la Ligne de Cœur de l'Afrique et sur les bords du majestueux Uebi Juba, règne le puissant "Baxaar". A la fois force physique et force spirituelle, il maîtrise et agence son environnement et plus encore les animaux qui y demeurent.
Redouté et recherché pour ses pouvoirs par la majorité des ses semblables, il hante jusqu'à l'esprit des mères de famille ..
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Dans les rites Mingis ce sont les esprits magiques qui dominent. Il existe tout un système hiérarchique de ces jinnis ou esprits supernaturels à qui l'on attribue le pouvoir d'infliger des maladies mortelles à ceux qui ' les intéressent'. A la tête de cet ordre invisible domine le Fétiche suprême : le Wadhooye qui contrôle le destin de ceux tombant sous ses charmes saar. Au sein de ce système hiérarchique d'esprits, existent des personnages supernaturels divers ayant un pouvoir moins important et menant une lutte constante autant avec le fétiche suprême qu'avec leurs pareils pour s'assurer le pouvoir et l'influence sur leurs sujets humains....->
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Les aliments, les vêtements et l'argent fournis par la patiente selon les 'désirs de l'esprit' sont utilisés par la calaqaad ou oracle et ses disciples, dont bon nombre sont des hommes initiés de nos jours, ce sont en fait ses gardes du corps. Les parfums, encens, huiles et ainsi de suite....->

 

 

Cet exposé sur les pratiques divinatoires et magiques dans la région du Benadir et du Basso Juba, notamment dans cette zone dite " Dhoobeey " n'a nullement la prétention d'être une œuvre scientifique, elle ne fait que relater un certain nombre de pratiques observées et vécus par l'auteur.

Depuis des temps immémoriaux l'homme a toujours cherché la réponse à ses questions dans les étoiles et appuyé ses actions sur les signes de la terre: la divination a donc toujours existé, sous différentes formes certes, mais en règle générale elle servait à désigner la connaissance du futur, du passé, de l'espace nous entourant d'une part, et, d'autre part de l'occulte. Elle a existé chez tous les peuples de l'antiquité et on la retrouve profondément enracinée dans les sociétés dites "primitives".

La divination seule ou associée à la sorcellerie était un aspect important de la vie sociale, et le reste encore parfois. Et tout cela pour plusieurs raisons : acquérir le savoir, dévoiler l'occulte, effacer cette peur de l'inconnu, car celui qui détient la connaissance détient le pouvoir.

Pour le commun des mortels l'univers entier est rempli de mystère, toute réaction négative ou positive n'est jamais naturelle : à la source de toute entrave on trouvera, on cherchant bien, une intention de nuire, qu'elle soit le fait d'un vivant ou d'un mort ; le futur lui-même est soumis à la décision du devin : sa science est mise à contribution pour toutes les décisions les plus importants pour la tribu : voyager, échapper à un ennemi, conclure une affaire etc. et le devin indiquera la route à suivre pour rentrer dans les bonnes grâces du sort contrarié, ou pour ne pas en dévier.

Effectuée soit à travers un intermédiaire entre le ciel et la terre, c'est à dire à travers un officiant qui croit alors se mettre en contact avec l'au-delà et avec des êtres passés telle que des êtres supérieurs (ancêtres), soit par l'utilisation d'instruments telle que des cartes, " shax " ou les étoiles, cette divination s'exerce le plus souvent à travers l'intuition, la vision, le pressentiment : nous entrons alors dans le domaine de la voyance pure.

Avant l'arrivée de l'Islam, les Somaliens pratiquaient une tradition empreinte de folklore et de culte des ancêtres, aujourd'hui encore on assiste à des cérémonies où on fait des sacrifices aux ancêtres, aux défunts pour qu'ils protégent la descendance.

L'ancêtre, défunt ou vivant, à un rôle primordial au sein du clan, il est pourvu d'une sorte de pouvoir sur sa descendance, il est révéré et écouté, on dit qu'il est " qof barakeysan " et de ce fait on va vers lui ou elle afin de récolter sa bénédiction, et on veille à ne pas les contrarier pour ne pas s'attirer les foudres de sa colère présente ou future : un exemple en est lorsqu'un jeune homme ou une jeune fille est sur le point de prendre une décision qui s'oppose à celle de sa famille (par exemple : se marier en dehors du clan), le père, la mère ou le conseil tribal, lui mettent alors le marché dans les mains avec ce genre de proposition :

qori cad" Qori cad ama Qori cagaaran, kala dooro. " qori cagaaran

(choisi entre une branche séche ( cad = blanc) ou une branche verte).

Ce qui équivaut à choisir une vie future pourvue de descendance ou au contraire stérile dans tous les sens du mot.

Actuellement en Somalie et surtout dans cette zone délimitée par la terre noire (Dhoobeey), bien que 99% de la population soit de confession musulmane, les pratiques de divination et de sorcellerie existent de façon occulte, on n'en parle pas, on se transmet de bouche à oreille celui ou celle qui a les qualités requises.

Venons-en maintenant à la position de ce personnage au sein de la société : selon les individus, elle varie beaucoup : certains, pratiquent la seule divination, vont de village en village : dans ces cas ils se déguisent en
'Yibir'= Griots, chantent et font des louanges dans les cérémonies. D'autres n'interrogent le sort que de manière occasionnelle et continuent de cultiver leur lopin de terre ; bien souvent ils sont de très puissants faiseurs de sort (Sixiroole) et on vient de très loin pour les consulter ; bien que discrets, ils restent pourtant en marge de la société.


Quelle raison préside-t-elle au choix d'aller consulter un devin?

Souvent on consulte un devin sur l'issue d'une transaction, le moyen de vaincre une adversité, la cause d'une maladie, la signification d'un rêve, l'avenir d'un enfant, la nécessité d'un sacrifice, avec toujours en filigrane le degré d'incertitude, d'angoisse, d'impuissance dans lequel vivent ces sociétés.
A son tour le devin y répond par divers procédés de " Faal " :-

inscription linéaire sur la cendre ou dans le sable
2· position et dénombrement de cauris ( Alleelo ), galets marqués;
étude des horoscopes, oracle des songes, etc.
déchiffrer les présages;


Cependant les modes de divination les plus courants restent : -

1-l'interprétation de figures géométriques tracées sur le sol faites par les doigts : sur un plateau en bois comparable à une tablette du Coran ou à même le sol, le devin répand une mince couche de cendres ou de fine poussière, sortie d'un sac. Après s'être recueilli, il trace dans cette poussière, du bout de l'index droit, diverses figures, de droite à gauche, quelques lignes horizontales ondulées, je n'ai pas souvenir du reste des signes observé ;
2-dans la divination par les cailloux, le devin tire d'un sac, où il les conserve habituellement, de petites pierres (alleelo ama dhagaxyo) qu'il aligne ou groupe par deux sur un ou plusieurs rangs de profondeur, dans un ordre qui paraît aléatoire ; il déplace ensuite certains cailloux pour tirer des conclusions de la disposition obtenue.


Les réponses s'interprètent dans un sens favorable ou défavorable selon la position des " Alleellada " ou de la figure de l'ensemble des lignes tracées dans la cendre ou dans la poussière et des formes qui en sortent .


Cependant certains 'Faal' peuvent ignorer les questions et le sujet visé et dessiner toute autre chose concernant une autre personne qui se trouverait par hasard dans sa zone d'influence : il y eut un épisode de ce genre lorsque deux amies se rendirent auprès d'un devin, seule l'une d'elle était en demande, mais il n'eut aucun moyens de lire pour elle, à chaque lancées, le 'Faal' sortait pour l'autre et à chaque fois il tombait juste pour elle : le devin en conclut que cette femme avait un 'Burji' plus fort que l'autre et qu'il fallait non seulement séparer les deux femmes, mais qu'il fallait en éloigner une à des kilomètres de distance.

Il semblerait que cette pratique procède de la géomancie musulmane, et sa diffusion serait liée à la venue des arabes dans la région.

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PARTIE I

Ainsi que nous l'avons mentionné auparavant certains devins, afin de passer inaperçus, endossent le rôle de maître spirituel, appelé aussi Griots " Yibir " : dans ces cas ils deviennent partie intégrante de tous événements tels que les circoncisions, les mariages, les funérailles.

Et selon les occasions ils sont tour à tour : guérisseurs, musiciens, sorciers, conteurs, magiciens, envoûteurs ; ils sont aussi la mémoire des familles, dont ils connaissent le moindre secret - on ne les appelle jamais, ils sont là pour toute cérémonie, comme par miracle: certains racontent qu'en réalité ces personnages ont leurs espions parmi les différentes tribus, ils surveillent les femmes enceintes, sont à la base de tout contrat sociale tel que les mariages, ils sont au courant de toute maladie, ainsi il leur est très facile de tabler sur la guérison ou la mort des personnes.
Et à ces occasions, avant même de les voir sur les lieux, on les entende. On entend leur litanie commencer à l'autre bout du village.
On les voit s'avancer lentement, personnages pittoresques, habillé d'une longe chemise, un " gô " sur l'épaule, leur bâton " bakoorad " de pèlerin à la main et plusieurs grandes chaînes (tusbax) autour du cou ; l'autre main sur l'oreille, les yeux fermées, tout dans leur récitation de l'arbre généalogique des intéressées, ainsi que les louanges de rigueurs, ou de regrets selon les circonstances. ( Ils ont toujours avec eux un élève qui les suit, pour les aider dans la récitation ou, simplement les guider dans le cas ou le griot serait aveugle).

A l'autre bout de l'univers occulte, il y a le sorcier " Sixiroole " : sa pratique ne se borne pas à la seule divination, il a une vaste connaissance des remèdes à base de plantes et soigne à l'aide de décoctions de feuilles ou d'écorces. Les noms des plantes, les maux qu'elles soignent, leur mode d'emploi, ont fait l'objet d'un véritable enseignement de la part d'un maître.

Ainsi que nous l'avons mentionné plus haut, Sixiroole et Griots ont tous deux des élèves sous certains conditions.
Pendant plusieurs mois, ou plusieurs années, l'apprenti vivra aux côtéx du maître, le servant comme un domestique, apprenant en échange les secrets de son art. il en est de même pour le " Griots " de confession musulmane ; il s'agit pour la plus part du temps, d'un apprentissage plus ou moins long, plus ou moins sévère ; au bout duquel il y a pour l'élève la promesse de ne plus manquer de rien.

Les domaines d'action des deux, Sorciers et Devins, sont pratiquement identiques ; cependant leurs buts, ainsi que les moyens mis en action sont différents :
-simple consultation divinatoire avec des lectures de textes religieux pour les devins " griots musulmans " avec parfois la poursuite de la consultation pour indiquer le remède opportun, faire une offrande ou confectionner un "xirsi" ou " makaraan" une sorte d'amulette, d'instrument de protection . Il peut aussi arriver parfois qu'un devin décèle la source d'un mal, et accepte de le combattre, soit par de décoctions de plantes, ; soit qu'il se lance à la poursuite du talisman cause du désordre ; il y a à ce moment là une confrontation avec le sorcier à la source de la création de ce talisman sur la demande d'un 'ennemi' du consultant.

Ce devin, tout en connaissant la source du mal qu'il affronte, n'a souvent a à sa disposition que des moyens qui surfent sur les fils des vers du Coran, prières, offrandes, contre-talismans qui contiennent des surates puissantes.

-face à cela, se déploie le rayon d'action du Sixiroole, beaucoup plus vaste et plus puissant, couvrant la révélation ainsi que l'action ou la contre-action sur le terrain. La puissance de celui-ci est tel que, non seulement il peut déceler, même à distance, le mal dont souffre le consultant, mais peut aussi agir sur le malade, sur les symptômes, sur l'origine, et sur la prévention et, bien entendu, il est aussi capable du contraire.

Ainsi que nous venons de le voir, 'Sixiroole', griots ou marabouts ont en commun l'application d'un certain nombre de rites et utilisent pratiquement les mêmes objets protecteurs dans le but de contrer ou favoriser les atteintes naturelles ou les actions de sorcellerie : il s'agit de la pratique de :
-Rites propitiatoires pour mettre la fortune de son côté ;
-Confections d'amulettes portables ( xirsi ou makaraan ), ou à enfouir chez soi ou chez son ennemi ; de talismans, de gris-gris.

Mon témoignage sur ces pratiques, ne peut porter que sur des événements qui ont eu lieu dans ce triangle des villes de Giamame, Gilib, Genale. Cette zone de Dhoobeey, a toujours été ma deuxième terre natale, ma famille a vécu là bas assez longtemps pour la considérer comme sa terre et son peuple comme faisant partie de notre famille : 'Reer Dhoobeey' ont été plus que mes frères et soeurs, nous avons étés élevés ensemble, nourri ensemble, soignés par les mêmes Guérisseuses, j'ai partagé avec certains le lait maternel; on dit que, nous sommes " caano wadaag" ; nous avons partagé les mêmes peurs et les mêmes croyances. C'est pour cela qu'aujourd'hui je ne reconnais pas ces gens qu'on appelle 'Bantou' et qu'on situe en dehors de nos lignages. Cela doit obéir à des impératifs politiques, et je peux le comprendre, mais personne ne pourra m'enlever ce que j'ai vécu avec eux et que nous continuons de vivre encore aujourd'hui, car, malgré la guerre civile, cette partie de ma famille continue de régner sur certains cérémonie de notre maison.

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Dans la chaleur moite de la jungle africaine, bien peu d'animaux, qu'ils soient " rabbaayad " ou " dugaag ", ont la chance d'échapper au destin du 'transfert de sort' (1), que cela soit temporaire ou définitif.

L'acte de sorcellerie portant préjudice à ces animaux à donc toujours pour origine l'homme et sa sphère d'influence spirituelle. L'homme et ses incertitudes ainsi que ses névroses trouvent un exécutoire dans des cérémonies au cours desquelles le sixiroole, entre en transe et procède au transfert des négativités de l'homme vers l'animal choisi à cet effet, afin d'opérer la guérison...->

Yoose, Ashkir-marooriye, Xamaro...

Une vielle femme porte le titre du culte à savoir ' Calaqad', interprète ou oracle de chacun de ces jinnis, et elle seule a le droit de commmuniquer directement avc le 'Maître'. Parfois un homme remplit le rôle d'oracle. Pour obtenir le plus de clients possibles et donc le revenus les plus élevés, la 'calaqad' nomme certaines des ses disciples au poste d'oracle, mais elle garde l'autorité suprême relative aux fonctions du culte car elle seule posséde l'expérience nécessaire de la sorcellerie. La novice est initiée aux mystères de la magie noire, aprés être passée par le troisième rite ou 'Muul' le plus complexe et le plus couteux...->

X

‘Ceeriyama-guuriye (celui qui fait voyager le brouillard ) vint au monde et entra dans la légende.

IX

La séance débuta par ce qu'on appelle en langage clé une séance de " Burji-Xisaab " : ' Burji ' qui signifie " pouvoir " et ' Xisaab' ( à prononcer Hisaab ) le "calcul " ; c'est à dire le" calcul du pouvoir de chacun des acteurs sur l'échiquier ".
Un calcul occulte qui porte sur le pouvoir des nombre et des noms ainsi que des leurs positions astrales.
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