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Shaah
ou le Thé de la Savane
 
Bien
qu'un certain nombre de règles soient à
observer dans l'offrande du thé 'shaah
soomaali ', il n'y
a pas à proprement parlé de cérémonial
autour du thé dans la civilisation somalienne.
Cependant le thé fait partie intégrante
de la vie quotidienne des somalis, il est le symbole
des relations sociales, une halte de paix dans la vie
harassante des habitants; il nourrit, il soigne, il
apaise les tensions, il aide à tisser ou à
renforcer les liens. Il désaltère, réchauffe,
requinque, se boit le matin, après les repas,
à n'importe quelle heure. Un plaisir qui ne se
refuse jamais.: il est, en peu des mots, la clé
de la vie sociale des somali.
Il existe même un certain type de 'migraine' "
goonjab " que
les médecins ont réussi à relier
au 'manque' de
thé somalien et plus précisément
à une dépendance à l'un de ses
composants ; car les feuilles de thé noir et
les cinq épices qui entrent dans sa composition,
font de cette boisson, l'un des stimulants le plus recherché
et le plus redouté de l'Afrique de l'Est.
Manque
de cérémonial ne veut cependant pas dire
manque de savoir-vivre :
Premier
règle : le thé
est toujours pris en groupe : les maisons ne désemplissant
jamais, entre les parents proches et les visiteurs,
entre les réunions saisonnières des femmes
et les pratiques des rituels religieux, il y a toujours
du monde : le thé au centre de tout, est préparé
pratiquement devant les invités puisque dans
les constructions anciennes le salon, sorte de patio
sur lequel donnent les chambres servait aussi de cuisine
et de salle à manger ;
Deuxième
règle : Verres et
théière ou thermos doivent être
en permanence devant les convives. Qu'il s'agisse d'un
seul ou de plusieurs invités, on ne doit en aucune
façon amener sur la table un verre de thé
isolé de sa source ; il faut en outre veiller
à ce que la source ne tarisse pas ; un thermos
vide sur la table est une véritable insulte envers
ses invités.
Troisième
règle : l'ordre
de préséance doit être respecté,
suivant l'âge et le rang des invités ;
Habituellement
le 'shaahi'
soomalien, est appelé aussi
" shaah rinji "
lorsqu'il est préparé avec des feuilles
de thé rouge - un type de thé que l'on
peut voir plus facilement sur les tables des "
maqaayat " sorte
de brasserie que dans les maison où règne
en maître le thé noir-, il arrive aussi
que le thé soit cuit avec du lait "
caano iyo shaah " lorsqu'il
est destiné au petit déjeuner ou pour
se désaltérer lors des séances
de veuille avec le 'khat'.

Ce
thé est souvent accompagné de
" buskut "
sorte de petits biscuits somaliens
et d'une sorte de génoise très gonflée
et parfumée à la cardamome 'doolsho'.
Cependant
il arrive que, durant certains cérémonies
ou rituel, telle que ceux des commémorations,
de " madaxshub
", ou lors des
réunions des personnes âgées, le
thé soit servi avec du "
bun iyo daango " : "
bun " étant
de l'huile cuit et parfumé avec des graines de
café éclaté ; et "
daango " une sorte
de pop-corn de "
meseggo " sorgho
: dans ce cas on procède ainsi :
-on utilise des petits verres pour le thé : on
verse au fond du verre une cuillère à
café de 'daango',
le sucre et ensuite le thé ; on sert du thé
à fur et mesure que le niveau baisse :
-le " bun "
lui a plutôt une connotation
de rituel ; c'est une sorte d'huile de bienvenue, on
le prépare que pour l'arrivée de certains
personnages éminents et là un autre type
de rituel s'installe; ( faal
)
Il
arrive aussi que le thé soit servi avec l'un
des mets le plus extraordinaire, le plus renommé
et reconnu dans pratiquement deux continents, je veux
parler du "
xalwa " halva
(doux) : un nom qui résonne de la même
manière en turc, en yiddish, en grecque, en indien,
en pakistanais, en arabe, en somalien, et encore et
encore
. un met considérée comme
un ornement sur les tables de cérémonies,
un symbole de joie et de plaisir intense. ( voir
recette )
Bien
que cette pâtisserie, symbole de l'hospitalité,
soit habituellement servie avec le "
khawa ", l'amertume
du café se mariant harmonieusement avec la douceur
du halwa,
il arrive cependant qu'elle soit
servie avec le thé.
Cette
pâtisserie, par sa complexité de préparation,
du moins pour le type de halwa
dont je parle, est resté pendant longtemps l'apanage
d'une caste spécifique, celle d'origine yéménite
de la région de Benadir : ils avaient atteint
un tel degré de perfectionnement dans la préparation
de ce met, que le produit final, enrobé et ligoté
dans des feuilles de bananier, ressemblait plus à
un lingot d'or d'une douceur incomparable, qu'à
un simple produit de consommation.
Par
la suite, le produit s'est d'une certaine manière
démocratisé et perdu quelque part en route
ce qui faisait son originalité. Aujourd'hui il
arbore des couleurs dues à un mauvais dosage
du " sacfaraan "
; il arrive qu'on le trouve mélangé
à des ingrédients qui ne lui rendent pas
hommage. Pour toutes ces raisons je souhaite ici, rendre
hommage, à travers ces quelques lignes, à
ces artisans qui continuent de détenir les arcanes
de la fabrication du halwa originelle.
Shaah Soomaali
( voir en haut à gauche)

CAFE'
( Khahwa )
Comme le
thé, le café est intégré
aux us et coutumes somaliennes. Bien que l'influence
italienne se fasse encore sentir par la présence
du 'café stretto' dans les bars et dans certains
restaurants, c'est le café d'origine arabe
qui est le plus utilisé dans les maisons somaliennes.
Chaque famille fait torréfier et broyer son
propre mélange. Le breuvage est préparé
exprès pour une utilisation immédiate,
il n'est jamais stocké dans les thermos, du
moins dans les maisons. Il est à noter que
à l'instar du thé, la cérémonie
du kawa représente un signe de bienvenue et
est indispensable avant d'entamer toute négociation;
il sera accompagné de Halwa,
une douceur à base de sésame et d'épices,
et de quelques délicieuses dattes ' timir'
dont le nombre de variétes sont incroyables.
Chez nous, ma mère préparait toujours
deux types de moutures :
-une faite avec un mélange de graines des cafés,
qu'elle faisait torréfier et broyer auprès
d'un artisan de sa famille ; c'était le café
pour les convives ;
-et une autre
préparation, qui elle était destinée
à sa propre consommation et à celle
des ses amies : il était fait avec de l'écorce
du café, ce qui le rendait beaucoup plus légère;
elle le parfumait ensuite avec du gingembre et faisait
bouillir le tout dans une vieille cafetière
' jelmed' en fer
toute bosselée qui passait du feu à
la table.
Le cérémonial ne diffère guère
de celui pour le thé, l'âge et le rang
conditionnant le service ; femmes et hommes confondus.
Il arrive
cependant que durant la saison la plus chaude, une
certaine quantité de café sucré
et parfumé, soit préparé en avance
et réfrigéré pour être
consommé sous forme de boisson désaltérante
très agréable dans les après-midi
de chaleur
.
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Preparation
traditionnelle du café (
voir à droite)
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Variante
n.1(
voir à gauche )
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Café
aux épices
( voir à gauche
)
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De
ma deuxième famille (d'origine yemenite)
du ' villaagio carab'
ou ' Shibis',
les anciens sauront de quoi je parle, j'ai rapporté
une variante de ce café épicée
aux petites graines et au parfum si inimitable;
l'Ancienne de la maison, le plus souvent la grande-mère,
grillait ces graines dans une poêle du type
wok , puis les broyait dans un petit moulin à
café manuel, à défaut on utilisait
un petit mortier ' mooy
yar' avec son pilon ' kal'.
C'est là que j'ai fait la découverte
que le safran ( zacfaraan
) pouvait être utilisé autrement
qu'avec les plats, et que l'eau de rose pouvait
si divinement parfumer toute chose sous son passage.
INGREDIENTS
:
1 demi-litre d'eau et
60 g de café en grains très parfumé,
du sucre (facultatif),
2 cuillères à café rases de
cardamome moulue,
1 pincée de clous de girofle en poudre,
1 demi-cuillère à café de pistils
de safran. , ou quelques gouttes d'eau de rose ;
Mettre e à bouillir
l'eau froide avec le sucre en premier pour le dissoudre.
Pendant ce temps, griller et moudre le café.
Enlever du feu , puis
ajouter la cardamome et le café moulu sans
mélanger et remonter la température
sans laisser bouillir, juste frémir, il est
très important de ne pas faire bouillir le
mélange, faute de quoi le café est
perdu.
Baisser le feu et remuer 3 minutes.
Remontez de nouveau en température, enlever
du feu dès que la mousse se forme, couvrir
et laisser infuser 4mn.
Mettre les clous de girofle
dans un thermos, le safran, y verser le café
par-dessus et laisser décanter 30 minutes,
pour que le mélange retombe au fond. Pour
ne pas déguster de marc, vous le servirez
alors délicatement dans des petites tasses
' fiijaan '.
N.B.: faire gaffe à
la quantite du cardamome, à haute dose il
est nocif et parfois mortel.


Le miel
( malab shinni ) /
malab=
miel / shinni=abeille

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